Le jasmin des poètes

Vivement qu’il ait fini de neiger des pétales pour que je puisse lui faire une petite coupe… il devient trop imposant et… à cause de lui, les insectes pollinisateurs préfèrent butiner en hauteur (vu qu’ils ont des ailes pour ce faire, alors oui, pourquoi ils s’en priveraient ?) plutôt qu’au ras des pâquerettes sur les fleurs de mes fraisiers, ce que je trouve désolant pour les sorbets et confitures que je ne ferai pas ! 😉

Alors, comme j’aurai moins de roses que d’habitude, et là, c’est la faute à ma fripouille de quadrupède qui m’a arraché quelques bourgeons parce qu’il lui fallait marquer son territoire en se grattant les moustaches sur les tiges taillées à sa portée, et que je sais (merci à la Vieille Chouette) que l’on peut faire un apéritif parfumé aux fleurs de seringa, je me suis dit, pourquoi ne pas tenter un sirop de fleurs, en remplacement de celui à la rose qui sera en quantité limitée cette année ?

Dont acte ! 😉

Mais je vous préviens, c’est longuement fastidieux, presque autant, si ce n’est plus, que la même merveille aux fleurs de sureau noir !

La cueillette se fait dès que vous avez constaté qu’il commence à neiger, signe que la floraison est optimale (trop tôt il n’y aura que des boutons moins intéressants, trop tard, une averse ruinera tous vos espoirs de récolte), en coupant les branches fleuries les plus pleureuses (comme celles du saule), dans l’après-midi, avant l’orage qui menace, pour que les fleurs soient bien sèches, branches que l’on rapatriera à l’ombre…

… près de son salon de jardin, de façon à pouvoir s’asseoir confortablement à côté d’un récipient à la bonne hauteur (inutile de penser pouvoir le mettre sur la table, elle est occupée par l’opportuniste qui en profite pour pioncer sereinement à côté de sa 2-pattes) qui recueillera les fleurs lors du dépiautage systématique des bouts de branches, une fleur après l’autre, en évitant d’y mettre les feuilles et les araignées. 😉

Pas besoin de fond sonore à prévoir, les oiseaux qui vous surveillent du coin de l’œil y pourvoiront et seront amplement suffisants !

Quand vous avez terminé, laissez votre saladier (c’était une soupière, sortie du buffet pour l’aérer un peu) de côté, sur votre table à la cuisine, le temps d’arrimer au jardin tout ce qui pourrait s’envoler si coup de vent, de préparer le seau pour le recueil d’eau de toit et exécuter quelques dernières bricoles indispensables pour profiter d’une soirée aux abris. Là, vous pouvez penser à la musique qui accompagnera, ou pas, le troisième volet de la saga en cours de réalisation !

J’ai choisi d’écouter la version flamenca de Carmen, en replay sur Arte, un film de Carlos Saura (disponible jusqu’au 30 juillet), déjà vu maintes fois, je n’aurai donc pas besoin de l’image pour suivre l’intrique, avec Laura del Sol (Carmen), Antonio Gades (Antonio), Paco de Lucía (Paco) et Marisol (Pepa Flores) dont la bande sonore conviendra parfaitement pour me motiver pour le travail fastidieux (après avoir renversé le contenu de ma soupière sur un torchon et profité qu’elle soit vide pour la peser et noter son poids), de la séparation des pétales du calice qu’il faut ôter, encore fleur après fleur, pour éviter toute amertume dans le produit fini, on en profite aussi pour éliminer les dernières bestioles qui n’ont pas, à ce stade des opérations, compris qu’il y avait réellement péril en la demeure ! 😉

Une fois ceci terminé, la soupière débordante de fleurs l’est beaucoup moins avec uniquement les pétales (les quelques étamines restantes apporteront de la couleur), on la pèse une deuxième fois et par une simple soustraction on obtient leur poids qui nous intéresse et que l’on multipliera par 5 pour avoir celui de l’eau que l’on fera bouillir et versera dans la soupière sur le fruit du labeur presque terminé pour obtenir une infusion parfumée. Filmer hermétiquement et immédiatement le récipient puis laisser en contact pendant 24h et au réfrigérateur après refroidissement suffisant.

Le lendemain, passer au chinois étamine la préparation, bien presser les pétales pour récupérer le maximum d’infusé, le peser, le verser dans une casserole en inox et y ajouter du sucre blanc dans la proportion de 380g de sucre pour 210g de tisane et le dissoudre en chauffant le tout à 80°C maximum, puis verser le sirop en filtrant sur papier (filtre à café) dans des bouteilles stérilisées au préalable. Réserver au frais et consommer raisonnablement, en boisson ou pour aromatiser yaourts, fromage blanc, salades de fruits… Certains mettront moins de sucre et auront pris la précaution d’avoir ajouté un jus de citron à l’infusé, je n’ai pas voulu dénaturer un sirop si délicat par un autre goût, et comme je n’avais pas assez de sucre blanc j’y ai mis un complément en sucre blond, j’ai donc une couleur plus soutenue que celle que je voulais avoir.

Bonne dégustation ! 😉