Question existentielle

La truie qui doute, cela vous dit quelque chose ? C’est mon cas ce jour, et Kafka, habituellement mon grand copain, ne peut rien pour m’aider à résoudre le dilemme qui m’agace prodigieusement !

DON QUICHOTTE par GÉRARD PHILIPE

C’est ce grand classique qui me permettra de ne pas prendre de décision intempestive que je pourrais regretter en ce qui concerne mon loisir menacé par quelques arnaqueurs, patentés ou pas et autres manipulateurs plus ou moins déguisés, le temps de prendre un peu de distance et de retrouver ma pleine liberté de penser !

My one and only love…

… n’est pas politicien, de cela on ne peut qu’être sûr !

John Coltrane & Johnny Hartman – My One and Only Love

Mais dans ce standard, outre le titre et la musique, j’aime aussi beaucoup les illustrations de David Renshaw… ce qui fait que pour prétendre à un unique amour c’est un peu raté !

Mais le véritable amour est éternel selon Honoré de Balzac et nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit selon Khalil Gibran

Le Mal

Poème écrit par Arthur Rimbaud (1854-1891) en 1870 (guerre franco-prussienne, chute du second Empire après la capitulation de Sedan et perte de l’Alsace et la Lorraine) il fait partie du premier Cahier de Douai confié par son auteur adolescent, au retour d’une fugue, à Paul Demeny, qui l’a un peu oublié, il aurait été publié en 1891.

Rudolf Escher – Univers de Rimbaud (Ténor : Jean Giraudeau)

J’ai été très étonnée de recevoir (merci à MP qui se reconnaîtra), fort à propos, une photographie d’une page manuscrite signée, que j’ai retranscrite et vous propose, parce que ce poème n’a pas trop mal vieilli, seules les couleurs des uniformes ont changé ! 😦

Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Arthur Rimbaud

Le manuscrit de mon image ressemble étrangement beaucoup à celui-là. 😉

Le quart d’heure de lecture du 10 mars à 10h

Si vous aussi, vous voulez participer à #10marsjelis, la manifestation nationale proposée pour ce jour, par le Centre National du Livre, il vous suffit de vous accorder une pause dans la matinée à l’horaire indiqué (ou à votre convenance) et de vous plonger dans la lecture de votre choix, de préférence à voix haute… enfantin n’est-ce-pas ?

Ma suggestion du jour sera extraite de « Célébration hassidique (Portraits et légendes) » de Elie Wiesel, Collection Sagesses, Éditions du Seuil, paru en 1972, et vous amènera en très peu de temps, pas même un quart d’heure, mais c’est l’intention qui compte, quelque part entre Cracovie et Prague ! 😉

Quelque part à Cracovie, alors qu’il y avait encore des Juifs à Cracovie, et que ces Juifs n’avaient pas peur de rêver la nuit, il était une fois un homme nommé Eizik fils de Yékel.

Pieux et pauvre, et naïf de surcroît, désarmé devant la vie, il n’arrêtait pas de s’inquiéter : il y avait le loyer à payer, et le boucher, et le précepteur, et il y avait les filles à vêtir, à marier, et le temps pressait, pressait.

Eizik, pauvre Eizik, que pouvait-il faire ? Que pouvait-il faire d’autre que s’inquiéter ? Il priait. Jour après jour, à chaque office, et même entre les offices, à la synagogue et dans la rue et chez lui, il implorait l’Eternel de se souvenir de son serviteur endetté et tourmenté qui n’en pouvait plus. En vain. Dieu semblait ne pas écouter. N’empêche que notre Eizik continuait de Lui adresser ses requêtes ; il n’en était pas moins pieux, ni moins pauvre.

Puis, une nuit, il eut un rêve bizarre : il se voyait transporté dans un royaume lointain, dans la capitale, sous un pont, à l’ombre d’un immense palais ; et une voix lui dit : « Voilà Prague, voilà la Vlata, voilà le palais des rois ; regarde bien, regarde sous le pont, à l’endroit où tes pieds sont posés, il y a un trésor, il t’attend, il est à toi ; tes problèmes sont résolus. »

Au matin, Eizik se moqua de lui-même : les rêves, c’est bien beau, ça ne coûte rien ; mais ça ne sert à rien non plus. Il n’y pensa plus. Mais le soir, à peine eut-il fermé les yeux que la même vision s’emparait de son esprit : la capitale, le palais, le pont. Et la même voix qui demandait : « Tu veux être riche, ou préfères-tu l’inquiétude ? »

Quelle histoire, pensa Eizik, quelle idée d’aller à Prague ! Il n’avait nulle envie d’y aller ; il n’y connaissait personne. Et puis, c’est loin, et cher. Et il n’avait pas d’argent ; s’il en avait, il saurait quoi en faire. Le loyer, le boucher, le précepteur. Bah, entre les rêves et les prières, Eizik choisira les prières ; il y en a même une pour conjurer les rêves.

Bien entendu, le récit ne s’arrête pas là. Le soir suivant, pour la troisième fois, Eizik entendit la voix : « Alors ? Tu n’es pas encore parti ? »

Irrité plus qu’intrigué –et pour en finir avec ces bêtises—il décida d’obéir, ou de faire semblant. Il se mit en route, à pied. Il arriva à Prague au bout de quelques semaines, transi de fatigue, de faim et d’insomnie. Il reconnut le fleuve, le pont, le palais ; il poussa un petit cri : « Je rêve, ça recommence ! » Non, il ne rêvait pas. Curieux tout de même, se dit-il. Un certain endroit, sous le pont, lui était particulièrement familier. Si j’essayais ? Qu’ai-je à perdre ? Il faudrait creuser, voir. Mais attention, pas si vite.

Le pont était gardé, il ne fallait pas éveiller le soupçon des soldats. Indécis, Eizik rôda autour de l’endroit, et finit par se faire remarquer et arrêter. Amené devant le capitaine des gardes et accusé d’espionnage, il ne trouva rien de mieux pour se défendre que de tout avouer. Les rêves, les soucis, la longue marche depuis Cracovie, la mémoire et la voix de cette mémoire. Il était sûr, Eizik, que l’officier, incrédule, le traiterait de menteur et le ferait fusiller.

Quelle ne fut sa surprise de voir le méchant capitaine s’esclaffer en riant aux larmes : « Non, c’est pour ça que tu es venu de si loin ? Mais vous, les Juifs, vous êtes plus stupides que je ne pensais ! Tiens, moi tel que tu me vois, si j’étais aussi bête que toi, si moi aussi j’écoutais les voix, sais-tu où je serais en ce moment même ? A Cracovie ! Oui, comme tu l’entends.

Figure-toi que depuis des semaines et des semaines, il y a cette voix, la nuit qui me dit : < Un trésor t’attend chez un Juif de Cracovie nommé Eizik fils de Yékel ! Oui, sous le four ! > Or, la moitié des Juifs là-bas s’appellent Eizik et l’autre moitié Yékel ! Et tous ont des fours ! Tu me vois, moi, allant de maison en maison, démolissant tous les fours, à la recherche d’un trésor inexistant ? »

Bien sûr, Eizik ne fut pas puni. Bien sûr, il se hâta de rentrer chez lui ; il déplaça le four et trouva, bien sûr, le trésor promis ; il paya ses dettes, maria ses filles et, en guise de reconnaissance, il fit construire une synagogue qui porte son nom : Eizik fils de Yékel, un Juif pauvre et pieux qui demeura pieux même quand il ne fut plus pauvre.

Cette histoire a –au moins—deux auteurs : Rabbi Nahman de Bratzlav (1772-1810) et Rabbi Bounam de Pshiskhe (1762-1827). Le premier remplaçait Prague par Vienne et disait : « Le trésor est à la maison, mais pour le trouver il faut partir à Vienne. » Le second aimait la raconter chaque fois qu’il acceptait un nouveau disciple : « Souviens-toi d’Eizik fils de Yékel ; le trésor, celui qui est à toi, tu ne peux le trouver qu’en toi-même, et nulle part ailleurs ; pas même chez le Tzaddik. »

Lexique :

Pshiskhe : cette petite bourgade en Pologne où le Hassidisme du Baal-Shem, né dans la contemplation et le ferveur, connut sa renaissance dans la colère et l’angoisse.

Tsaddik : Juste, idéal de la perfection morale, sociale et religieuse, l’homme qui « vit par sa foi » (Habacuc, II, 4), à qui Dieu répond.

Baal-Shem : Titre donné depuis le Moyen-Age à qui connaît le vrai nom des êtres et des choses, en possède le secret, et peut agir sur eux, par eux. Nommant les forces, il les maîtrise ; sa connaissance est pouvoir. Ce pouvoir, en use-t-il à des fins immédiates ou profanes, il n’est que thaumaturge. Rapproche-t-il les noms du Nom, unit-il à Dieu les êtres et les choses, il est Maître du Nom bon, Baal-Shem Tov.

Hassid : Fervent, celui qui agit par amour, avec tendresse. Le hessed (grâce), est l’un des attributs de Dieu, complémentaire du din (rigoureuse justice). A la grâce de Dieu, répond la ferveur, la piété de l’homme, son amour pour Dieu et les créatures.

Hassidisme : tradition mystique juive qui insiste sur la Majesté de Dieu, le mystère de l’Unité et dont les piliers sont : renoncement aux choses du monde, sérénité de l’esprit et amour total du prochain, par là, crainte et amour de Dieu s’identifient dans « la joie qui brûle le cœur ».

A Vista de Nas – Le collier

Sans colère, la survie est plus facile, et la vie bien plus heureuse ! DL.

Une femme d’exception

Née à Saint-Mandé, en 1868, Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous le nom de son éphémère mari, mais indéfectible ami toujours prêt à l’épauler en cas d’appel à l’aide, Alexandra David-Néel m’a longtemps fascinée, à tel point que j’ai toujours, à la maison, une pléthore de ses nombreux écrits et quelques ouvrages complémentaires pour tenter de cerner la personnalité de cette femme atypique qui s’est éteinte à Digne-les-Bains à presque 101 ans.

Alexandra David-Neel, la 1ère Occidentale au Tibet

À qui vais-je léguer ces livres ? Car qui, dans mes proches, sera assez fêlé pour passer du temps sur une façon de vivre (et de penser) que l’appât du gain et le dieu argent ont reléguée, sauf en quelques lieux privilégiés, aux oubliettes…

Il faut ajouter, dans la même genre, tous les livres et témoignages sur le Tibet, quelques recueils des pensées du 14e Dalaï-Lama en exil en Inde… et l’indispensable (et momentanément égaré dans ma cuisine) Gargantua au pays des neiges : Cuisine, traditions et images, paru 24 ans après son décès, pour apprendre à préparer thé au beurre salé, momo, tsampa et autres délices tibétains.

(Le petit Tibet d’Alexandra David Néel)

L’aventurière de l’esprit éteinte, sa dernière secrétaire particulière et dame de compagnie, Marie-Madeleine Peyronnet a transformé la résidence Samten Dzong en musée (et fondation) et s’est bien acquittée des dernières volontés qui lui avaient été confiées…

Alexandra David Neel, du Sikkim au Tibet interdit

Autre femme d’exception, dans le même domaine, mais qui ne semble pas avoir été inspirée par la première, Marie-José Lamothe (1945-1998) a consacré 15 ans de sa vie à la traduction en français des œuvres complètes de Milarépa (La vie, Les cent mille chants) pour lesquels elle a reçu le prix Alexandra David-Néel/Lama Aphur Yongden 1987 et écrit Dans les pas de Milarépa.

Mesdames, en ce 8 mars, soyez enfin vous-mêmes, il suffit de le vouloir et de s’en donner les moyens ! 😉

Livraisons

Depuis quand suis-je fâchée avec la bibliothèque du village, incapable de s’équiper d’une sonnette pour que les « sans pass » ne soient pas obligés de se faire malmener par le cerbère à chaque fois qu’ils voudraient aller récupérer leur commande (en devant, pour ce faire, poser un pied à l’intérieur du bâtiment) passée par e-mail ? Un petit retour en arrière au dernier trimestre 2021 permettrait de préciser le petit nombre de mois… mais, aussi, de constater que mon vœu pieu de l’époque, est resté une résolution non tenue, puisque je n’ai absolument pas commencé à trier et ranger mes étagères, ni même relu un quelconque ancien livre ! 😉

Au hasard d’une lecture sur un blog (situé de l’autre côté du globe et que j’ai eu du mal à retrouver, malgré un échange de commentaires) je suis tombée sur la critique (4 bouteilles d’une boisson alcoolisée attribuées sur 5, c’est une bonne note) de Kwestia ceny (Inestimable), le dernier roman de Zygmunt Miłoszewski, où l’on retrouve Zofia Lorentz, déjà croisée dans Bezcenny (Inavouable) et me suis dit que le régime mots fléchés, sudoku et autres jeux, avant de m’endormir, avait assez duré. Commandé en ligne, dimanche soir, dans une librairie toulousaine déjà testée, il était dans ma boîte aux lettres mercredi à 14h, et avec un marque-page en cadeau, tellement l’équipe était contente que ma CB se manifeste un peu ! 😉

Bon, par la route c’eût été plus rapide, mais je n’avais personne qui allait à Toulouse, et l’amour se doit d’être patient, n’est-il pas ? J’aurais peut-être pu le trouver à Cahors mais il m’aurait fallu faire le tour des espaces culturels des grandes surfaces, au-dessus de mes forces parce que devenue passablement agoraphobe ( je l’ai vérifié en visionnant le replay de Synonymes, de Nadav Lapid, un film dérangeant diffusé sur Arte jusqu’au 15 mars, tourné à Paris où j’ai quand même vécu 22 ans, si j’adore toujours les vues de la ville lumière, je n’en supporte plus les bruits et la foule) !

Pour les curieux, une autre critique aussi constructive est à lire => par ici ! Je l’ai survolée… parce que je suis une inconditionnelle de l’auteur et que je le lirai de toute manière jusqu’à la dernière ligne ! 😉

Je vais temporairement renouer, pour ces 2 titres, avec l’immense plaisir de toucher du papier qui sent le neuf et non pas le désinfectant improbable et écœurant des ouvrages de la bibliothèque, mais mes étagères aimeront moins une charge supplémentaire…

Une voix que j’aime

Pour les fans de Georges Brassens, la version italienne de Gare au gorille, par Gianmaria Testa ! 😉

Un illustre inconnu pour moi (le talent italien quand on ne s’appelle pas Paolo Conte semblerait avoir du mal à passer les Alpes, ou du moins à séduire les décideurs francophones au regard fixé outre-Manche ou Atlantique), jusqu’à ce que l’algorithme de YT me propose un ancien concert pour meubler une nuit d’insomnie et que je ne fasse une recherche sur ce personnage disparu en 2016 selon le bel article du Monde.

Pourtant son 1er album, Montgolfières, fut publié en France en 1995 et il avait pour productrice Nicole Courtois, la mère d’Arthur H. Il a aussi chanté Le Déserteur de Boris Vian