Le cinéma, pour qui vivait loin de tout, dans les années 60 et dans la France profonde, n’existait pas. Je ne l’ai découvert qu’à mes années de collège où l’on nous y amenait, en rangs bien ordonnés, pour une projection exceptionnelle. Quels films ai-je vus à cette époque, mon premier western ? Je n’en ai aucun souvenir, sauf peut-être de Nuit et brouillard, le documentaire d’Alain Resnais sur les camps de concentration, sorti en 1956.
Ce ne devait sûrement pas être une projection de Noël, et si je n’en suis pas devenue, comme ma voisine du Nord, anorexique, cela n’a fait que renforcer la transmission non verbale des parents qui eux, avaient vécu, à des degrés divers, cette sinistre époque. Je n’ai appris que bien plus tard qu’Auschwitz était, avant de devenir un camp d’extermination, la gare de triage de tous les Polonais raflés (dont mon père), avec ou sans raison, dans les rues de leurs villages, et qu’ils y prenaient connaissance de la destination que l’on venait de leur attribuer, ainsi que de leur nouveau statut d’esclaves (cela ils ne l’ont bien compris qu’une fois sur place) en remplacement des soldats allemands enlevés à leur vie civile par la guerre.
Point de cinéma pendant mes années de lycée, si ce ne sont les 3/4 d’heure de critique cinématographique généreusement dispensés par notre professeur de physique et chimie (matière principale) qui bâclait ensuite son cours dans le quart d’heure restant, j’y suis allée par contre, avec mes camarades pendant celles d’enseignement supérieur où j’ai découvert le rite inconnu chez moi (nous n’avions pas la télévision) du western du dimanche soir sur petit écran chez des amis ainsi que les projections de films de vampires, bien avant les adaptations des livres d’Anne Rice qui a popularisé, plus tard, le genre, le samedi soir après minuit, dans une salle toulousaine aujourd’hui disparue.
Tout comme a été rayé de la carte le cinéma d’art et d’essai à côté duquel j’habitais quand je suis entrée dans la vie active qui a été celui que j’ai fréquenté le plus assidûment parce qu’il changeait d’affiche toutes les semaines, avait un tarif préférentiel par rapport aux salles commerciales, et surtout, je pouvais aller dans la cabine de projection avec ma liste de films (j’étais une auditrice fidèle de l’émission Le Masque et la Plume) que je voulais voir et discuter avec le patron de leur éventuelle programmation…
C’est là et à cette époque (j’ai passé 4 ans à cette adresse) que j’ai vu l’excellent Soleil vert dont je crois avoir déjà parlé…
… ainsi que le très inspirant Harold et Maude réalisé en 1971 par Hal Ashby sur un scénario de Colin Higgins.
Ne vous étonnez donc pas de mon côté vieille dame indigne (j’ai décidé, en effet, qu’il était grand temps de dénoncer les violences subies et que je me rebiffe quand on m’agresse ou que l’on insulte mes ancêtres), c’est bien d’elle que je le tiens (et pas du tout de Tatie Danielle, vu en replay sur le tard), même si, quand j’ai visionné ce film, je ne pensais pas du tout arriver, un jour, à l’âge que j’ai aujourd’hui ! 😉
J’y ai aussi vu 2001, l’odyssée de l’espace, qui est toujours resté une fiction, tout comme The Wall, a été un moment musical génial visionné avec les cousins musiciens dans une salle commerciale…
Mes années parisiennes m’ont permis de découvrir le cinéma des pays arabes dont les grands classiques égyptiens que j’ai adorés (tout comme les fauteuils de l’Institut du monde arabe), et quelques autres curiosités d’Extrême-Orient, mais rien de réellement formateur, j’avais déjà passé l’âge ! De retour dans le Lot, la première salle obscure est loin, alors je fais du replay choisi !
Heureusement que je n’ai pas titré « Mes dix films fondateurs » ou autre idée délirante pour signifier qu’il ont participé à la construction de ma personnalité, parce que je serais bien loin du compte ! Des films j’en ai aimé bien d’autres, mais sur le moment, et il est rare que je les considère comme des références. Portez-vous bien ! ♥
