Sans retour…

Mille mercis et toutes mes félicitations à Ewelina Kogut, de Tarnów, une jeune artiste de talent, fraîchement diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, dont l’œuvre „Bez powrotu”, en catégorie graphisme, a été sélectionnée pour l’exposition Up Coming 2024.

Les détails de sa formation ainsi que des photos de son travail sont présentés dans l’article question-réponse que lui consacre le site de ma radio préférée Lem-FM, toute surprise de trouver une voisine géographique qui a développé de manière instinctive une proximité rare avec la culture des minorités auxquelles elle (le média) donne la parole.

Source de la copie d’écran : FB galeriapracowninr6

Elle a osé s’attaquer à un sujet très difficile, celui de la déportation en masse, après la seconde guerre mondiale, des minorités ruthènes des Carpates, manipulées par les uns et punies par les autres, dont l’existence, la langue et la culture ont été rayées de la carte et des manuels scolaires par les communistes au pouvoir et que l’on redécouvre, enfin, frileusement, depuis quelques années. Il ne reste, en général presque rien de leur vie d’autrefois, leur retour étant exclu, les villages ont souvent été incendiés ou, quand les habitations étaient en dur, elles ont attribuées à d’autres…

GEMS#1 KONTROLA / Ewelina Kogut „Duchy przeszłości”

Les plus chanceux d’entre eux ont été repeupler les territoires ex-allemands (et non la Sibérie) attribués à la Pologne suite au déplacement des frontières, mais en contrepartie ils ont gommé toutes leurs singularités et tellement fait profil bas que leurs descendants ignorent tout de leurs origines. Seul un œil externe un peu curieux, trouvera singulier, un détail dans un salon, et grattera discrètement pour découvrir le pot aux roses qu’il se gardera bien de dévoiler, tellement le tabou reste susceptible de provoquer de fortes réactions dans l’entourage…

Source de la copie d’écran : W gąszczu, I/IV

Très peu sont revenus sur leurs terres d’origine, les forêts des montagnes sont vides d’humains, mais pas de vestiges qui refont parfois surface. Ironie de l’histoire, les scientifiques actuels s’intéressent à certaines de leurs particularités, dont celles de leur microbiote intestinal, qui pourraient être utiles aux descendants de leurs bourreaux, et je ne parlerai pas de leur folklore outrageusement pillé.